Echange de Jeunes à Mayotte - Un témoignage

Témoignage par Christelle Kodische - Chargée de direction au Centre de Rencontre et d'Information pour Jeunes
Cet année, notre association, le Centre de Rencontre et d’Information pour Jeunes d’Esch/Alzette, est porteuse d’un projet d’échange de jeunes européens. La singularité de ce projet tient dans le fait que nous avons choisi une destination géographiquement hors-continentale.
Nous avons décidé d’un partenariat européen, mais à l’autre bout du globe, d’un partenariat français, mais au cœur de l’océan indien.
Le premier volet de cet échange a eu lieu du 10 au 20 août dernier, sur l’île de Mayotte. Mayotte, ça ne vous dit rien ? C’est normal, je n’aurais pas non plus su le situer sur une carte avant la genèse de cet échange. Mayotte, c’est un petit bout de Terre perdu entre Madagascar et le continent africain. Mayotte, ce sont des couleurs, des odeurs (on la surnomme l’île aux parfums), une nature à l’état brut qui crève les yeux tellement c’est beau.
Mais ce qui a fait la qualité du premier volet de cet échange, ce n’est pas tant le caractère paradisiaque de l’île, que la richesse des échanges dont nous, encadrants, avons été témoins entre nos 2 groupes de jeunes.
L’expérience en termes de partage, de mixité sociale, de fraternité et d’échanges interculturels entre les jeunes est difficile à coucher sur le papier.  Le projet a permis d’aller vers le sentiment d’une appartenance européenne, notamment pour les jeunes mahorais, qui sont tellement loin du continent européen, qu’il est extrêmement difficile pour eux de s’y identifier.
Un jeune mahorais précise, au moment du bilan, « qu’il a le sentiment d’avoir une autre vision de l’Europe et que Mayotte n’est plus en marge ». Un jeune souligne par ailleurs que c’est la première fois qu’il vit une telle expérience avec des « mzoungous » (appellation pour les « blancs » à Mayotte).
Les jeunes de Mayotte, peu sensibilisés dans la sphère familiale aux pratiques de loisirs éducatives, ont pu, pour la majorité d’entre eux découvrir véritablement leur île et avoir accès à des activités qu’ils n’avaient jamais pratiquées (sortie bateau, plongée, ascension du mont Choungui, îlots de sable blanc, éclosion de tortues…). Le regard porté sur leur propre territoire semble avoir évolué, notamment sur les questions de protection de l’environnement.
Une jeune luxembourgeoise fait part de son appréhension, avant de venir à Mayotte, face à la culture musulmane, qui est stigmatisée en Europe continentale, particulièrement depuis l’arrivée plus importante de migrants. Elle indique que ce séjour lui a permis de transformer de manière positive cette idée.
Un jeune luxembourgeois s’exprime sur la transformation de son regard en indiquant « qu’il pensait venir dans un paradis et qu’il prend conscience de la misère et de la grande difficulté d’une majorité de la population mahoraise ». Un autre nous dit en se promenant à Mamoudzou, le chef-lieu : « On est venus ici avec de l’argent et il n’y a rien à acheter ; et quand eux ils viendront au Luxembourg, ils vont voir des magasins partout mais ils n’auront pas d’argent pour se payer des choses ».
 
La majorité des jeunes précise qu’au début du séjour « ils se voyaient tellement différents les uns des autres qu’ils ne savaient pas s’ils allaient pouvoir s’entendre ». Les litres de larmes versées à notre départ à l’aéroport tendent à montrer que ces doutes se sont vites dissipés.
Suite au prochain épisode… du 26 décembre au 4 janvier prochain au Luxembourg.